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Partie 1 – Série « Web et utopie »

Si l’« utopie » est un terme qui aura toujours du mal à faire consensus, il comprend au moins une caractéristique plus ou moins acceptée et reprise par l’opinion commune : l’illusion qu’il suggère. Autrement dit, l’inaccessibilité du but poursuivi. En quoi cela touche-t-il le domaine du web ? Cela l’atteint dans son essence même. Car le web, en plus de sa concrète virtualité, revêt indubitablement, quand on observe ses enjeux et ses buts conscients ou inconscients, le voile d’illusion caractéristique de l’utopie.

 

Peut-on attribuer des objectifs à Internet ?

Assimiler le web à une utopie, c’est inévitablement lui prêter des objectifs, des plans à réaliser, puisque l’utopie ne vit que par le but et les idéaux inhérents à sa réalisation. Si il n’y a pas de but, si le présent est accepté pour ce qu’il est, alors il n’y a pas d’utopie, soit parce que la situation est désespérée, soit parce que l’utopie est réalisée, auquel cas il n’y alors plus de raison d’espérer le « mieux », puisque l’idéal a été atteint.

L’utopie poursuit donc un but, un idéal. Qu’en est-il du web ? Sans grande hésitation, on peut lui trouver rapidement de nombreux objectifs : faciliter la transmission de l’information, les échanges sociaux-culturels, les transactions financières et commerciales, l’échange de données etc.

Mais tous ces objectifs sont-ils indépendants ou servent-ils une cause plus grande ? Incarnent-ils seulement les rouages anonymes d’une machine incompréhensible et dénuée de sens ou bien sont-ils au contraire les ouvriers d’un idéal en construction ?

 

Des objectifs conscients et inconscients

L’approche que nous avons d’internet à travers notre vie de tous les jours ne nous permet à priori pas d’y déceler un quelconque objectif d’ordre supérieur. Lorsqu’un bijoutier élabore une boutique en ligne, il n’y voit que le moyen d’augmenter son chiffre d’affaires, et quand des étudiants créent un groupe sur Facebook, ils ne le font qu’en vue d’améliorer leurs conditions d’études. 

Ainsi, au premier abord, Internet prend l’apparence d’un outil efficace, voire essentiel, mais en aucun cas comme le moyen d’atteindre un idéal de vie. Les choses changent pourtant lorsque l’on observe la structure formée par l’amas de ces innombrables objectifs conscients et apparemment indépendants. Accélération, globalisation, dématérialisation, quel but servent ces innovations ?

Il apparaît ici clairement que l’homme, à travers internet, cherche à s’émanciper de ce qui a si longtemps limité son action : l’espace. A travers internet, on cherche à supprimer le plus grand nombre de contraintes liées à l’espace en connectant entre eux des hommes et des régions distants de milliers de kilomètres, donnant ainsi lieu à des échanges qui auraient eu peu de chances de voir le jour autrement. On cherche finalement à créer une entité qui, libérée des contraintes matérielles, devient capable de puiser dans les spécificités propres à chaque espace pour venir enrichir les actions concrètes.

 

Le web, à ses débuts, a donc indéniablement constitué une utopie dont l’énoncé pourrait être :

« La création d’un réseau virtuel mondial pour relier les hommes entre eux. »

 Auteur : Lucas BOYADJIS

 

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