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Partie 2 – Série « Web et utopie »

ombre de personnage

Nous avons vu dans la partie précédente que le web pouvait, à sa création, être assimilé à une utopie. Une utopie que l’on nommerait : « La création d’un réseau virtuel mondial pour relier les hommes entre eux. » Cependant, si tel était l’objectif aux prémices du web, on peut affirmer sans trop de risques que celui-ci a été atteint.

Aujourd’hui, si certaines décisions politiques ne venaient pas limiter son champ d’action, le web n’aurait aucun mal à recouvrir la grande majorité des régions civilisées. Les contraintes ne sont donc pas intrinsèques à la technologie web, laquelle s’est donné les moyens de réaliser ses objectifs.

 

Peut-on alors toujours parler d’utopie si l’objectif initial, avoué ou non, est finalement atteint ?

La réponse est positive pour deux raisons :

Premièrement, le statut d’utopie doit être saisi dans un contexte spatio-temporel spécifique, soumis à un cadre politico-social précis. Ainsi ce qui est considéré comme une utopie à une certaine époque pourra simplement constituer un objectif atteint à une époque ultérieure. En atteste la septicité ambiante lorsque quelques informaticiens fous présentaient les premières formes d’internet, et l’air blasé avec lequel nous utilisons maintenant ses fonctions les plus poussées. Internet a donc été une utopie, l’utopie « créer un réseau virtuel mondial pour relier les hommes entre eux », mais en se réalisant, cette utopie s’est évaporée.

Deuxièmement, on peut toujours parler d’utopie pour la simple raison que si l’utopie première a été réalisée, notre amour du progrès n’a pas tardé à lui donner une succession. Aujourd’hui, internet ne se contente plus de connecter les hommes entre eux, il occupe un rôle essentiel au bon fonctionnement de nos sociétés modernes, et au-delà de son aspect utilitaire, un rôle essentiel dans nos vies. Alors que l’on y voyait un outil, on l’assimile de plus en plus à un but.

 

Internet : la machine qui a pris le contrôle sur son créateur

En quoi peut-on dire que le web est passé d’outil à finalité ? Insatisfaits du simple rôle de connecteur et éblouis par l’étendue des possibilités qu’offrait le web, nous y avons progressivement intégré des éléments de la vie physique : courrier, discussions, rencontres, musique, photos, visionnage de films, conférences etc. Ce qui était un outil destiné à améliorer la réalité est alors devenu la réalité, comme le montre les chiffres de l’étude We Are Social 2014, laquelle nous informe qu’un français passerait en moyenne 5 heures par jour sur internet, ordinateurs, tablettes tactiles et smartphones confondus, ceci constituant une hausse de d’utilisation de 566% par rapport à l’an 2000. Ces chiffres qui donnent le tournis mettent en évidence la place prise par cet outil virtuel dans nos vies physiques.

 

La web-utopie contemporaine : la vie virtualisée

Doucement mais sûrement, on se rapproche donc d’une nouvelle forme d’utopie dont l’objet, bien qu’effrayant avec le recul, semble sérieusement ancré dans nos actions quotidiennes : l’effacement progressif de la frontière entre réel et virtuel. Si un français est capable de passer 5h de sa journée devant internet, on peut émettre des doutes sur ce qu’il considère être « réel ». Si les actions virtuelles ont, et c’est leur objectif de base, des conséquences sur le réel, il n’en demeure pas moins que le temps passé à les effectuer éloigne leur auteur de la réalité concrète pour le plonger dans une réalité altérée.

La hausse exponentielle de l’offre de services en ligne, de l’enseignement à distance, des relations sociales virtuelles, des distractions en ligne sont les éléments concrets de la formation progressive d’un véritable monde virtuel dont les frontières avec la réalité physique semblent de plus en plus floues.

 

Auteur : Lucas BOYADJIS

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Relire la Partie 1 – Série « Web et utopie »