Entre réalité et virtualité


Partie 2 – Série « Web et utopie » 

Nous avons vu précédemment (dans les articles Le web : une utopie ? et D’une utopie à une autre)  que les sociétés modernes semblaient poursuivre l’utopie du virtuel, le rêve d’un monde au sein duquel tout serait potentiellement virtualisable et donc accessible.

Une question se pose cependant : comment peut-on rêver de vivre dans un monde virtuel ? La réponse nous fait prendre conscience de l’excentricité de l’utopie dont nous parlons. En effet, si le terme de « vie virtuelle » inspire l’effroi chez les plupart d’entre nous, la possibilité de virtualiser la plupart de nos contraintes physiques, et donc de les simplifier, est, elle, autrement plus réjouissante.

 le web entre realite et virutalite

Les limites du Web et du virtuel

Mais il y a une marge entre le fait de simplifier des contraintes administratives grâce au web et le fait de reporter la majorité des activités d’une entreprise sur celui-ci.

La virtualisation et l’échange des informations à distance est indéniablement utile, dans une certaine mesure, mais que se passe-t-il lorsque la mesure disparait ?

Est-il possible, à terme, d’envisager des entretiens d’embauche, des rencontres client ou des réunions de travail exclusivement via écrans interposés ?

Certains accueilleraient l’idée les bras ouverts, mettant en avant un gain de temps non négligeable à l’heure où la Terre est devenue un village et où les entreprises ont un employé dans chaque maison.

Mais au-delà du fonctionnel, de l’efficace, du productif, ne toucherions-nous pas ici à des aspects essentiels de la vie en général ? Faire tourner une entreprise, une industrie, une activité, que ce soit dans un intérêt personnel ou collectif, est toujours dans un intérêt humain. Mais l’humain est fait de vie, de chaleur, d’interaction avec le monde, d’interaction « directe ». Mettre cet humain devant un écran à longueur de journée, n’est-ce pas le détourner de sa nature même, de son bien-être physique et mental, et ce pour une cause, le travail, qui devrait justement servir ce bien-être ?

 

Conclusion : une utopie dangereuse

La poursuite du virtuel, du numérique, de l’ultra-rapide, et donc à travers elles, du temps, emmène l’humain sur une pente dangereuse, où les minutes gagnées glissent avec l’authenticité de l’expérience de vie. L’homme veut se rassurer, avoir l’impression de contrôler sa montre, son agenda, sa fiche de paie, mais en dehors de ces chimères utilitaires, le culte qu’il voue à internet s’explique surtout par un état de fascination, fascination face aux possibilités étourdissantes de la technologie, une fascination qui rappelle étrangement le chant des sirènes par la mortelle léthargie dans laquelle elle nous plonge : les dieux Ordinateurs et Internet peuvent mettre le monde en boite, mais ils peuvent aussi y enfermer l’humain.

A nous, donc, de savoir détourner les yeux de l’écran pour prendre le recul salutaire, un recul qui peut nous permettre de voir à nouveau internet et le virtuel comme des outils, des outils qui, débarrassés du poids de l’utopie virtuelle, pourront alors servir des utopies plus urgentes et essentielles.